Depuis plusieurs moi je discute avec des mamans qui me font part de leur tristesse, du ras-le-bol-je-vais-pas-y-arriver. Un mélange entre obligation d'être joyeuse et de faire éclater au grand jour le bonheur que c'est d'être maman (ben vi c'est cool quand même) et ce sentiment qui s'accroche à nous comme une crotte de nez à un mur de chambre... un je-ne-sais-quoi de tristesse, de je-ne-suis-pas-capable. BREF !! t'es en pleine déprime chérie !

Faut pas croire, moi ça va super bien. Mais à l'arrivée d'Olivia ça n'avait pas été si rose (pourtant tu te dis avec 4 filles, sa maison doit ressembler à la fraisi-maison de Charlotte aux Fraises). Olivia c'est ma troisième. Elle devait arriver le 13 mars 2010 et elle décidé de me faire languir... 6 jours de plus. J'dis pas que l'accouchement se soit mal passé, c'était juste douloureux... comme un accouchement.

Rapidement après la naissance je me suis rendue compte que je n'arrivais pas à l'allaiter. Et comme c'était ma troisième qui passait par le bout de mes seins, je me suis dit "ya un problème"... et j'ai appelé une auxiliaire de puériculture et je lui ai dit "ya un problème" et elle m'a dit "effectivement ya un problème... vous ne savez pas la placer correctement"... et là t'as juste envie de lui mettre une beigne. Bref !

J'opte pour le tire-lait, ça va tant bien que mal. Les repas sont une catastrophe, ça prend un temps infini car elle tête 2 fois et hurle comme si "elle n'y arrivait pas". Mon cher médecin de campagne complètement largué "euh ben je sais pas" me fait dire que je dois aller voir un pédiatre. Et le pédiatre me dit "ah elle a un palais en ogive !! ça doit être galère pour donner le bib !" oui... ça peut prendre une heure entière. Un palais en ogive c'est un palais dans lequel tu peux glisser un pouce adulte tellement il est haut, et du coup le point de succion n'est pas stimulé, et du coup un bébé trop petit ne fait pas le rapprochement entre j'ai faim donc je tète. Lui il faut que son point de succion soit stimulé. D'où la misère pour lui donner ses repas.

 

Et donc derrière ce simple problème de palais en ogive et de hurlements se cache un autre problème. De sa naissance à son premier anniversaire, Olivia a passé ses jours et ses nuits à hurler (voilà le magnifique souvenir que je garde d'elle à cet âge-là). Ce fichu point de succion ne nous a pas permis de lui donner de sucette, tu vois, le truc con. Et donc elle pleurait et pleurait encore. Et moi, quand elle a eu 1 mois 1/2, je suis tombée au fond du gouffre.

J'ai eu le courage d'en parler à mon homme qui voyait bien que ça n'allait pas. Il me disait même "tu ne parles plus !!" c'est dire l'ampleur du problème. J'étais complètement dépassée par les événements, envie de rien, l'impression d'être une bonne grosse nulle incapable d'élever cet enfant que nous avions tant voulu. J'avais un tourbillon de sentiments en moi :  j'étais découragée par tout, je me sentais incapable de faire quoique ce soit, et dès que je faisais quelque chose j'avais l'impression de foirer. Du coup... je pleurais. Et puis j'étais surtout EPUISEE. Et donc je pleurais encore. Et elle pleurait. Et les autres me testaient, repoussaient mes limites. Je n'avais pas le force de lutter de toute façon.

Au bout d'un moment quand Olivia pleurait, j'étais tiraillée entre "m'en fiche t'façon elle passe son temps à ça" et "c'est pas possible, quand va-t-elle s'arrêter". J'avais des "images" bizarres qui me parcouraient et si elle tombe et se fracasse la tête par terre ? et si je tombe avec elle dans les escaliers ? et si je la lâche dans son bain ? et si elle tombe de la table à langer ? etc... et ça fait flipper jte jure.

Et puis Zorro est arrivé... mes parents m'ont dit "on te prend les 3 pendant 1 semaine, repose-toi, aucune négociation possible". Olivia avait moins de 2 mois. J'étais à bout. Je ne me souviens même pas si j'ai réussi à me reposer pendant cette semaine-là. Ce que je sais c'est que j'avais totalement laissé tomber ce blog car je m'en sentais incapable. J'avais même acheté des boîtes de raviolis, c'est dire ! (attention je ne jette la pierre sur personne question cuisine, c'est juste que j'adore cuisiner pour mes filles, et que le fait de ne pas cuisiner était un sacré symptôme !).

J'ai donc eu une chance exceptionnelle d'avoir mes parents à ce moment-là. Ils ont assuré une semaine avec les 2 grandes-pas-si-grandes-que-ça (Lana n'avait pas 4 ans et Blanche pas 2 ans) et Olivia qui pleurait beaucoup.

Et puis j'ai décidé de parler. Je suis sur un forum et j'en ai parlé, sans être jugée. J'en ai parlé à l'école à certaines mamans qui voyaient bien que c'était pas la grosse frite. J'ai eu du soutien et j'en remercie encore ces personnes du fond du coeur.

 

Maintenant nous avons 4 enfants et toujours cette envie du 5ème. Pour Emilie je n'ai pas fait cette dépression, mais si j'avais commencé à ressentir des sentiments négatifs comme avec Olivia, j'en aurais parlé. Vite. Très vite. Quand ya un truc qui coince faut évacuer, ya pas moyen de faire autrement.
Regarde, imagine le syphon de ta cuisine. Si tu mets des cure-dents, du coton, des restes de bouffe, du riz, du gras, des lentilles, des cheveux, des pépins de citron etc... forcément ça va se boucher et tu ne pourras plus rien y faire passer (jte parle des cure-dents en connaissance de cause, je ne sais toujours pas qui est à l'origine de ce bouchage d'évier). Faut vider le syphon et ensuite tu nettoies... régulièrement.

Ce que je peux dire aux mamans qui se sentent mal, qui ne voient pas le bout du tunnel, déjà parlez-en, déchargez vous !! même si ça parait difficile, c'est primordial. On peut même trouver du soutien là où on ne s'y attend pas forcément.

Et ensuite lâchez du lest. Une maison n'as pas besoin de briller, une assiette peut être remplie avec des raviolis (ça me fait mal où je pense de le dire, mais c'est vrai !), un enfant peut avoir des noeuds dans les cheveux et être habillé comme un clown. Et même une autre personne peut d'en occuper. Papa, nounou, crèche, Grands-Parents, amis etc... reprenez une vie, une vie de femme, une vie agréable. Faites du sport, allez au cinoche et ne culpabilisez pas de laisser vos enfants à des personnes de confiance. C'est trop important.

Parlez-en. Et si dans votre entourage propre ya pas moyen... Internet a ça de bien, c'est qu'on peut garder l'anonymat et trouver du soutien. Et des détracteurs aussi. Mais on peut trouver du soutien.

Courage à vous les Mamans, prenez soin de vous.