Quand Blanche avait 1 an 1/2, je la mettais tous les mardis à la crèche.

Un matin, je la pose, tout se passe bien. Les dames la font passer "de l'autre côté dela barrière", celle qui sépare le lieu d'accueil du lieu de jeu.
Je décide de rester cachée pour voir comment elle entrait dans ce monde chaque mardi. Je la voit faire face à une autre petite fille... qui commence à la taper. Les dames discutent entre elles et ne voient pas. Puis l'autre petite fille décide de lui arracher une mèche de cheveux. Le temps de taper à la vitre et l'incident est clos, mais ma Blanche en pleurs. Belle manière de débuter la journée.
(tu peux oublier les commentaires du genre "je serais rentrée et je serais repartie avec elle"... j'en ai crevé de la laisser là mais je n'avais pas le choix. Et la directrice de la crèche m'a appelé rapidement pour en parler avec moi, je pleurais toutes les larmes de mon corps)

En petite section, Blanche avait des cheveux très longs, vraiment très longs. Un soir je la récupère à l'école, la maitresse vient me voir et me dit, avant même que j'ai pu voir quoique ce soit "je suis désolée, elle s'est éraflé la joue mais je ne sais ni quand ni comment". Blanche avait réussi à habillement cacher sa blessure une grande partie de la journée. Je n'ai jamais su comment elle s'était fait ça.

Il nous est arrivé plus d'une fois d'arriver chez le médecin pour une otite déjà perforée car elle ne nous en parlait pas. Elle ne bronchait pas. Juste un doudou posé sur l'oreille et une tête légèrement penchée nous permettait de savoir que quelquechose clochait.

En grande section, elle avait parfois des réactions assez violentes avec ses soeurs, puis partait se cacher en pleurant. Un jour à force de discussion avec elle, elle m'a avoué que les garçons de l'école l'embêtaient à toujours vouloir jouer à la marmite avec elle. J'en ai parlé à la maitresse qui lui a dit de venir la voir quand ça allait trop loin.

Là elle est en CP. En début d'année elle rentrait régulièrement avec des dessins dans son sac. Sauf que ces dessins étaient placés là à son insu et que visiblement ça la dérangeait vraiment. Elle m'a dit "j'en ai marre, c'est MON cartable". C'était pour elle une violation de son espace à elle. Son cartable c'est son cartable. J'avais du coup écrit un mot à la maîtresse, qui en avait parlé à la classe et cela ne s'est plus reproduit.
Elle avait enfin réussi à me dire que quelquechose n'allait pas. J'étais tellement contente.

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Aujourd'hui nous avons fait un peu depâtisserie.

Lorsque j'ai sorti les grilles du four je les ai posées sur le bord de l'évier pour l'une l'autre sur les plaques de cuisson. Les filles n'ont jamais fait de bêtises avec ça. Jamais. On a toujours expliqué que ça brûlait.

Peu de temps après Blanche me demande si elle peut aller se regarder dans le miroir de la salle de bain. Puis elle revient. Puis je remarque qu'elle triture sa jolie blouse dans tous les sens et ferme le col.

En y regardant de plus près, je me rends compte qu'elle s'est sévèrement brûlée sur le torse. Une belle brûlure de 3 cm sur 1 cm... le coin de la grille posée sur l'évier (et merde). Elle avait dû vouloir jeter un oeil sur ce qui se trouvait sur la grille et pshhhhit. Morceau de peau enlevé. Oui oui, morceau de peau enlevé.

Elle ne nous a rien dit. Elle n'a pas manifesté, pas de cris de douleur, aucune réaction. Il a fallu que je vois que ça n'allait pas.

Du coup on a sorti l'huile essentielle de lavande aspic, les granules d'homéo, les gazes recouvertes de miel et d'aloé véra. Ce soir ça commençait déjà à ne plus suinter.

Elle ne nous a rien dit de sa douleur.

Merde quoi !! est-ce qu'elle redoutait de se faire gronder ?? pourtant nous ne sommes pas de ce genre là. Quand elles se font mal, on intervient on soigne (sans excès !!).

Là maintenant tu vois, je m'interroge. Je sais qu'elle est discrète et secrète, elle est même cap' de passer dans un tunnel pour ne pas se faire remarquer.
Est-ce que nous avons loupé un truc dans son éducation ? Et surtout j'ai peur... si elle ne nous dit pas quand elle se brûle, que se passera-t-il dans quelques années si elle est victime de harcèlement, de violences...est-ce qu'elle nous parlera ?

Qu'est-ce que je dois faire ??

Bien entendu je vais parler avec elle, mais comment aborder le sujet ? je la connais, elle risque de se braquer si je lui demande de but en blanc "pourquoi tu n'as rien dit ?".

 

Perdue je suis.

La force partie est.

Toute bonne idée je prends.