A toi ma fille,

Tu es née sans trop que je sache comment m'y prendre avec toi,

Et maintenant tu as 10 ans 1/2.

Et à 10 ans 1/2, tu as décidé de commencer ta puberté.

Alors voilà, c'est physique la puberté et tu es fière de ce qui se passe en toi.

Mais c'est aussi psychologique la puberté, et là c'est plus compliqué.

Bras ballants, yeux qui roulent, tout ce que je dis ou demande est une plaie.

Je sais que je t'ennuie avec mes demandes de mère, range ci, fais ça, n'oublie pas tes devoirs, prends une douche, demande pardon à tes soeurs quand tu leur fais mal, mets tes affaires au lave-vaisselle.

Mais tu as un bon fonds.

C'est juste que...

Je suis passée par là aussi tu sais ma chérie, et je sais à quel point c'est difficile.

C'est difficile de vouloir se séparer de sa mère pour prendre sa propre de place. Parce que au fond, tu l'aimes ta mère !

C'est compliqué car tu es fatiguée, c'est épuisant de grandir, alors tu râles quand je te couche avant 20h00 et tu t'endors comme une souche jusqu'au lendemain matin.

C'est fatigant l'école, à quoi ça sert d'apprendre ces chiffres romains à la noix !! et oui ma fille, mais là tu apprends à apprendre.

Tu n'aimes pas quand je te dis ça d'ailleurs.

Je t'explique que le cerveau est un muscle, et comme un sportif de haut niveau, si tu n'entretiens pas... tu perds en endurance.

J'en sais quelquechose, en restant toutes ces années à la maison, j'ai perdu en endurance.

Toi tu es toute neuve encore alors il faut apprendre, il faut que tu t'entraines, que tu continues.

Je ne lâcherai rien tu sais. Oh ça oui, tu le sais.

Mais je suis là ma chérie, je suis là derrière chacun de tes pas, même ceux qui t'amènent à marcher avec des béquilles.

Ton corps est grand, tu mesures plus d'1m52 pour 34 kilos, tes jambes ne font pas la même taille alors tu te fais mal.

Je sais à quel point cette partie de vie pour une fille est compliquée, tu as tant de choses à penser.

Les copines, les copains, les affinités, les séries télé (dommage ya pas la télé à la maison).

Tu n'as pas de temps à perdre avec ranger la chambre ou prendre une douche !! c'est vrai quoi !

Tu dois penser, faire des grands gestes de la tête pour remettre tes cheveux en arrière, tu dois jouer au tarot avec tes soeurs et tes amies...

Tu dois penser "soirées pyjamas" et "comment je vais m'habiller demain", tu me piques mes fringues et tu fais la même pointure que moi.

Tu dois penser à tes brassières dont tu as maintenant besoin.

Tu veux rentrer avec tes copines de l'école à pieds... alors je t'ai acheté une montre.

Tu dois te confronter à moi et je serai là pour accueillir tes doutes, tes rages, tes peines, tes questions et tes joies, tes peines de coeur et tes dégoûts.

Je suis là en amour ma chérie.

Tu ne m'appartiens pas, je suis juste là pour t'accompagner du mieux possible pour faire de toi ce que, au fond, tu es déjà, pour ne pas que tu oublies...

Que tu oublies que tu es une fille mature, intelligente, aimante, sincère, torturée, bordélique, peu soigneuse, et pratiquant le second degré avec classe.

Grâce à moi tu n'oublieras pas, j'ose espérer, que tu es forte, que tu es belle, que tu SAIS faire les choses même si tu doutes souvent. Je t'apprendrai à être sure de toi.

Et quoiqu'il arrive dans ces tourments de puberté et de pré-adolescence, je serai là, et j'encaisserai.

Et je rangerai ta chambre et je laverai tes habits, oui, même ceux cachés sous ton lit depuis plusieurs jours.

Et je jetterai les nombreux papiers de bonbons cachés que je trouverai. 

Et je t'aiderai à ranger tes Playmobils quand tu n'en voudras plus.

Et je t'achèterai des livres qui t'intéressent et je les mettrai sur ton lit sans rien dire de plus car je sais que tu seras reconnaissante.

Et je te ferai à manger et je préparerai les repas avec toi.

Et on se chamaillera, et tu râleras, et je t'enverrai dans ta chambre pour te calmer.

Et peut-être même qu'un jour tu ne voudras plus que je t'embrasse devant l'école. Cela n'a pas d'importance.

 

Mais chaque soir que Dieu fait, au moment du coucher, je t'embrasserai, je te serrerai fort dans mes bras et tu me regarderas en me disant "oh maman tu ne peux pas savoir combien je t'aime" et je dirai que je crois que je sais, car moi aussi j'ai une mère qui a été là pour moi.

Et je te rappellerai que je t'aime jusqu'à la lune et retour.

J'espère être à la hauteur de tes attentes, j'espère être assez grande pour toi, ma fille.